La création du mouvement « Sauvons la RDC », initié par l’ancien président Joseph Kabila et soutenu par plusieurs figures politiques, dont Matata Ponyo Mapon, fait couler beaucoup d’encre. Présenté comme un cadre de réconciliation nationale et de restauration démocratique, ce nouveau courant soulève une question fondamentale : peut-on bâtir une nouvelle conscience politique sur les ruines d’une justice encore fragilisée ?
Une initiative à double lecture
Sur le plan symbolique, l’initiative semble vouloir réunir les acteurs politiques autour d’un idéal commun : la paix, la réconciliation et la défense de la souveraineté nationale. Mais sur le plan moral et institutionnel, le mouvement réunit deux personnalités qui ont chacune été condamnées par la justice congolaise.
L’ancien Premier ministre Matata Ponyo, longtemps porté disparu avant de réapparaître récemment à Nairobi, a été condamné pour des faits de détournement de fonds publics dans l’affaire du projet Bukanga Lonzo. Quant à Joseph Kabila, son nom est également associé à une condamnation à mort dans certaines affaires politiques et à de nombreux soupçons liés à la gestion du pays pendant ses 18 années de pouvoir.
Entre justice et politique, un équilibre rompu
Le mouvement « Sauvons la RDC » pourrait être un tournant politique important, mais il s’inscrit dans un contexte où la confiance dans la justice reste ébranlée. Tant que les décisions judiciaires seront perçues comme sélectives ou réversibles, toute initiative politique portée par des condamnés ne fera qu’affaiblir la crédibilité des institutions.
La réconciliation nationale ne peut être authentique que si elle s’accompagne d’une justice équitable, indépendante et respectée sans quoi, « sauver la RDC » restera un simple slogan politique.
✍️ Roger Milan Kibambe